REUNION SPATAX 9-10.6.2006

 

SPATAX, un réseau de recherche qui marche fort !

 

Le réseau de recherche SPATAX s’est réuni pour la 3ème fois à la Salpêtrière  à Paris les 9 et 10 Juin 2006.

 Philippe Grammont et moi y représentions l’A.SL . Evelyne Delion, Christian Gabrillage et Raymond Souqui pour l’Association CSC (Connaître les Syndromes Cérébelleux) y ont aussi assisté.

 

SPATAX ? Un réseau qui mutualise les connaissances

Les paraplégies spastiques, dites complexes, présentent un dysfonctionnement non seulement de la moelle épinière mais aussi du cervelet. De plus le diagnostic de ces maladies neurologiques et la recherche se font dans les mêmes centres de référence et concernent les mêmes acteurs. Aussi le Pr Alexis Brice et le Dr Alexandra Dürr de la Salpétrière ont-ils  proposé de mutualiser les forces et les moyens, à un niveau européen et méditerranéen, sur nos maladies rares, les dégénérescences  spinocérébelleuses, en organisant les recherches en génétique et en clinique. D’où le nom SPATAX  du réseau pour Spastic Paraplegia/cerebellar  ATAXia.

 

Les 9 & 10 Juin 2006 : un programme chargé …

Organisée par le Dr Alexandra Dürr, coordinatrice de SPATAX, et le Dr Sylvie Forlani de l’Hôpital La Salpétrière, cette réunion a bénéficié du « sponsoring » de l’INSERM, et de 3 laboratoires industriels : Opi-Pharmaceutical for rare diseases, Sigma-Aldrich & Applied Biosystems.

Réunis pour la 3ème fois (après les éditions 2001, lancement de SPATAX, et 2003, 1er bilan), les spécialistes français (Salpétrière à Paris, Angers, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Evry,  Grenoble, Marseille, Nimes, Rouen, Strasbourg, Paris), algériens, britanniques, danois, italiens, libanais, norvégiens, portugais, saoudiens d’Arabie, suédois, soit une centaine de personnes, ont travaillé ces 2 journées à faire le point sur les avancées de leurs projets de recherche et des projets du réseau.

Les travaux présentés qui ont beaucoup concerné les paraplégies spastiques héréditaires (PSH) étaient organisés en 4 sessions qui faisaient l’état des connaissances sur:

1)       Les gènes identifiés des PSH autosomiques dominantes (PSHAD)

2)       Les gènes identifiés des PSH autosomiques récessives (PSHAR)

3)       Les gènes identifiés des ataxies cérébelleuses sur un mode récessif

4)       La physiopathologie & les modèles animaux

SPATAX a ensuite analysé les travaux et les projets en cours dans 2 ateliers :

a)Travaux de génétique : analyses de liaison, ressources, et nouveaux projets

b)Travaux cliniques : Recherche clinique ; essais thérapeutiques ?

Difficile de résumer, même brièvement, 12 heures de conférence au risque d’occuper tout le numéro de Spastic !

Je me limite donc à quelques interventions qui m’ont particulièrement intéressé et dont je crois avoir capté le message !

 

Vers un modèle animal des PSHAD : Minnie ou Némo ?

Par quel mécanisme un gène inopérant ou dérégulé conduit-il à une PSH ?

Pour répondre à cette question, les chercheurs procèdent en deux temps :

comprendre la fonction biologique de la protéine normale ;

étudier les conséquences de son altération en créant par transgénèse un modèle biologique capable de se transmettre de façon héréditaire et mimant une PSH chez l'homme; et ce, afin d'étudier les modalités du désordre neurologique créé, et de le corriger. Les modèles de la maladie utilisés procèdent du plus simple (organismes multicellulaires tels les vers ou les insectes) au plus évolué (mammifère, souris, rat, cobaye). Pour une meilleure compréhension, voir numéros de Spastic 50 & 51 ou l’Abrégé des Connaissances de l’A.SL).

 

Le Dr Anne Tarrade nous a présenté les travaux du laboratoire du Pr Melki à Evry sur le modèle murin du gène  SPG4. Chez la souris, l’ « invalidation » du gène SPG4 codant la spastine entraîne une dégénérescence du faisceau corticospinal. La dégradation est progressive, elle apparaît assez tard dans la vie de la souris. Les axones des neurones corticaux spinaux se gonflent, les altérations étant limitées aux axones des neurones de la moelle épinière, alors que les axones des nerfs périphériques moteurs (nerf sciatique) sont intacts. Ces observations indiquent que le modèle animal ainsi créé mime bien la maladie humaine. Dans les neurones normaux, la Spastine est localisée à la fois dans le cytoplasme des neurones et dans les neurites, ces extrémités très fines de l’axone: donc la Spastine est transportée dans les neurites. Dans le modèle où SPG4 est invalidé,  c’est une déficience de transport axonal qui est observée. La Spastine interviendrait aussi au niveau des synapses, ces espaces interneurones qui transmettent l’influx nerveux d’un neurone à l’autre.

Le Dr Jamilé Hazan, la découvreuse du gène SPG4, travaille à Londres dans un laboratoire pour élucider  les processus biologiques engagés lors de la formation du système nerveux central. Le modèle qu’elle a choisi est un tout petit poisson  chéri des aquariophiles : le « zebrafish. » La génétique du modèle y est bien établie et l’observation du phénotype résultant de la perte ou du gain d’un gène se fait en un temps record, la conception d’un zebrafish étant de 5 jours. C’est simple : on injecte dans l’œuf  la substance qui abolit l’expression du gène d’interêt ou qui, au contraire,  active son expression et, puis chronomètre en main, on observe le développement de l’embryon et du petit poisson. Pour comprendre la fonction des gènes responsables des PSH, Jamilé Hazan a choisi 3 gènes SPG, représentatifs de la maladie : les 2 gènes majeurs des PSHAD, SPG3 (Atlasine) et SPG4 (Spastine), ainsi qu’un gène responsable d’une PSHAR, le gène ALS2 (Alsine). L’inhibition des gènes SPG3 ou SPG4 entraîne chez les embryons un phénotype bien identifiable : une déficience des neurones spinaux moteurs avec atrophie notable de l’arborescence neuritique de ces neurones. Une inhibition conjuguée de SPG3 et SPG4, même modérée,  conduit à un  phénotype vraiment très marqué. En clair, ces données  suggèrent que les fonctions de ces 2 gènes concourent à un processus commun qui semble très lié à la dynamique de l’édifice  microtubulaires dans le transport axonal de l’influx nerveux.

« Petit poisson deviendra-t-il grand ? »On attend impatiemment la suite de ces travaux. Si le modèle zebrafish s’avère un modèle d’étude  pertinent de nos maladies, il permettra aussi de « tester» de nouvelles molécules thérapeutiques corrigeant le déficit microtubulaire des neurones spinaux. Après avoir dilué les médicaments dans l’eau de l’écloserie de l’aquarium, le Dr Hazan observera les jours suivants les effets  que ces molécules provoquent sur ses « petits malades » : entre les élodées qui dandinent portées par des bulles d’argent, et sous les reflets bleus du néon , les ouies frémissantes d’oxygène et de bonheur, ils nageraient avec majesté et sans gêne, ni retenue aucune,! Guéris quoi !  Il faut rêver.

Le Dr Merle Ruberg de la Salpétriere (INSERMU679) étudie, au niveau des neurones normaux, la protéine Atlastine codée par le gène SPG3A. S’exprimant dans le cerveau, au niveau des cellules pyramidales, et plus particulièrement des neurites, l’Atlastine est une protéine membranaire  douée d’une activité « GTPase », une enzyme libérant une énergie nécessaire à la formation de vésicules intracellulaires. L’Atlastine attire la Spastine vers la machinerie cellulaire à fabriquer des vésicules. Une fois formées, ces vésicules, véritables petites unités de transport intracellulaire de protéines, s’avèrent essentielles à l’activité neuronale. Dans les PSH il y aurait une déficience dans le transport de ces protéines essentielles à l’extension et à la plasticité des neurites.

 

En résumé, l’ensemble de ces travaux apporte des pistes solides quant aux fonctions des gènes coupables de PSHADgènes. Des fonctions apparemment distinctes pour chacune des 3 protéines étudiées (Spastine, Atlastine et Alsine) mais qui, en interagissant entre elles, se complèteraient. Autant d’ angles d’attaque de nos maladies ouverts pour demain. 

 

Forme autosomique récessives des PSH : un scoop !

Dans la session « Ateliers », de nouveaux loci SPG30 et SPG32 ont été identifiés dans l’U679INSERM de la Salpétriere. La science avance…

Mais le « scoop » est bel et bien le clonage par les équipes des Dr Giovanini STEVANIN Salpétriere (INSERMU679) et Filippo Santorelli (Roma) du gène responsable, dans sa forme mutée, d’une PSH à transmission autosomique récessive (PSHAR). On sait la difficulté qu’il y a à trouver des familles porteuses de forme récessive d’une maladie génétique, Ce travail - qui a fait appel à des familles françaises, italiennes,  marocaines, tunisiennes, israéliennes affectées par uns PSHAR-, a débouché sur la définition d’une portion du génome beaucoup plus courte qu’un morceau du  chromosome correspondant à un locus déjà décrit de la maladie et contenant environ 40 à 50 gènes « candidats ». Parmi tous ces suspects potentiels de la maladie, le Dr Stevanin a identifié le coupable : un « gène SPG »avant qu’il ne le baptise officiellement, une fois que sa fonction sera un peu éclaircie. En tout cas  un gène qui, pour les PSHAR, serait aussi important que SPG4 pour les PSHAD … à suivre attentivement .

 

Recherches cliniques & essais thérapeutiques : sous haute surveillance

Chacun d’entre nous mesure intuitivement combien il est difficile pour le spécialiste d’établir avec précision le bilan de nos déficits. Certains jours nous nous sentons « flappis », nous nous traînons ; d’autres jours nous nous sentons bien, comme délestés de notre spasticité, ces états résultant de nombreux paramètres (température extérieure, psychisme, stress) . De plus, sur le plan thérapeutique, notre bien être étant le but à atteindre, tantôt nous prenons les médicaments qui nous sont prescrits, tantôt nous les abandonnons pour ne pas pâtir de leurs effets secondaires.

 Et pourtant un bilan rigoureux est essentiel pour évaluer une amélioration, une stabilisation ou une progression de la maladie. A fortiori pour évaluer les effets d’un essai thérapeutique.

La rigueur médicale et scientifique exigent donc d’établir et d’utiliser des tests sensibles et reproductibles. Les Drs Alexandra Dürr et Fanny Mochel (INSERMU679) nous ont présenté les difficultés méthodologiques et la nécessité à utiliser les « marqueurs » appropriés de nos maladies permettant d’établir les « scores » les plus représentatifs d’un type de pathologie donnée. Ces marqueurs peuvent résulter de l’examen clinique (signes neurologiques), de tests d’ergonomie, d’examens d’imagerie, biochimiques et/ou électrophysiologiques.

Enfin le Dr Chantal Tallasken (Oslo, Norvège)a dressé une revue des stratégies mises en œuvre jusqu’alors pour pallier nos déficits neuromusculaires. La liste est longue mais il est difficile de conclure sur les bénéfices obtenus du fait du petit nombre de malades. Sa conclusion est claire: une méthodologie « béton » est nécessaire pour valider ou infirmer les résultats de tout essai thérapeutique.

La discussion, suite à son intervention, a été animée par le Pr Brice ; elle a débouché sur un consensus : on ne peut aujourd’hui lancer un essai thérapeutique en l’absence actuelle de modèle expérimental incontestable des PSH. Ce modèle va bientôt sortir ; j’en suis certain . Nos maladies sont très sérieuses mais nous ne pouvons prendre de risques inconsidérés et perdre notre acquis physique d’aujourd’hui. Quitter la proie pour l’ombre ! Exemple : la vinblastine, ce médicament qui rétablit une plasticité microtubulaire des axones spinaux de la mouche à vinaigre SPG4-/- et lui permette de bouger ailes et pattes, est un médicament anticancéreux qui ne peut être absorbé au long cours sans induire une toxicité très lourde. Primum, non nocere !

 

Conclusion :

 Le bilan de SPATAX nous est apparu très positif. Les données exposées dans ces journées sont venues soutenir l'espoir que nous fondions sur la génétique lorsque Phil a fondé l’A.SL. Elle commençait à nous fatiguer cette génétique par ses découvertes perpétuelles de nouveaux loci responsables de nos maladies. L’extrême hétérogénéité génétique d’une maladie monogénique, ça vous coupe les jambes d’un spastique, même optimiste !

Il a fallu SPATAX 3 pour que nous revenions d’une certaine amertume du malade atteint d’une maladie rare et très hétérogène !… En effet, le chemin parcouru depuis la découverte du gène SPG4 est énorme, les gènes connus commencent à parler et à dire à quoi ils servent, enfin ! Et cela a du sens : « it makes sense » comme disent les anglosaxons…

Les équipes  françaises, de la Salpétrière et d’Evry tout particulièrement, travaillent très dur à décrypter les causes de nos maladies. Elles ouvrent des pistes significatives. Clairement la masse critique créée et le dynamisme du groupe français entraînent les autres équipes à échanger sur nos maladies rares au sein d’un club européen et plus largement méditerranéen. Tout cela nous encourage à garder l’espoir de voir des solutions thérapeutiques se dessiner.

 

Le soir, les chercheurs et les associations, tous ont été invités à une soirée de bateau mouche. Les yeux noyés dans le bleu d’une nuit d’été à Paris et scintillant des feux de la Tour Eiffel, Evelyne, Christian, Raymond, Phil et Jean, rêvaient : un jour les chercheurs arriveront bien à mettre toutes nos maladies dans un gros sac de jute. Et les jetteront en Seine, lestement !

 

 

Jean BéNARD & Phil GRAMMONT